La détention de Jean Zay au fort Saint-Nicolas

Député et Ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts dans le gouvernement du Front Populaire de 1936 à 1939, Jean Zay sera l'artisan de nombreuses avancées pour la démocratisation de l'accès à l'éducation et à la culture : prolongation de la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans, cours de sport à l'école, facilitation de l'accès à la bourse, unification des programmes, fondation du CNRS, création de plusieurs musées nationaux...

En 1939, il démissionne pour s'engager dans l'armée. Hostile à l'armistice demandée par le maréchal Pétain en 1940, lui et 4 autres parlementaires sont arrêtés à Rabat pour désertion en présence de l'ennemi. Jean Zay est condamné à la déportation à vie et incarceré au fort Saint-Nicolas durant 35 jours.

Le 7 janvier 1941, il est transféré à la prison de Riom, et sera assassiné le 20 juin 1944 par le régime de Vichy.

Il décrira ses 4 années de détention dans Souvenirs et solitude (éditions de l'Aube), publié après sa mort en 1945.

Une visite à travers les yeux de Jean Zay

Ce dimanche 11 janvier, une visite unique pour en apprendre plus sur Jean Zay en vous invitant à suivre son quotidien de prisonnier, entre isolement, froid et privations. À travers son regard, le fort devient un espace de répression politique.

Réservation

Extraits de Souvenirs et solitude :

« Nous arrivons à Marseille dans l’après-midi. On me conduit directement au Haut Fort Saint-Nicolas. Là, on me dépouille de mes livres, de mon stylo, de mon tabac, de mon rasoir, de ma montre et on m’enlève jusqu’à mon alliance… »

« Je n’ai point dormi, grelottant de froid et cherchant vainement à retenir sur moi les couvertures trop étroites. La "cour nord" est un entonnoir où tourbillonne un vent glacial, qui pénètre à son aise sous la porte et par le vasistas disjoint. »

« Pendant ma promenade, dans la cour, je contemple les petits détails de l’existence au fort Saint-Nicolas. Quand un nouveau détenu arrive, il est immédiatement assis sur un tabouret, sous la voûte d’entrée, et passé à la tondeuse. Vient ensuite la fouille, minutieuse. Si la musette contient un litre de vin, la bouteille est débouchée devant lui et vidée dans le ruisseau. Les prisonniers ne se livrent à aucun travail, demeurent accroupis dans leur cellule ou tournent dans la cour, s’ils en ont la force. Car la température et le manque d’aliments solides se traduisent par un état sanitaire effrayant. »